| L’art, nouvelle victime d’une épidémie nommée « crise ». |
|
|
|
|
Il y a encore quelques mois l’Inde pensait que la puissance de l’art ne pourrait être éclaboussée par une obscure crise financière. La réalité est tout autre et sa violence a rappelé aux intéressés que l’art, aussi noble soit-il est dépendant de l’économie au même titre qu’un camembert dans une supérette.
Depuis des années, le marché de l’art indien (notamment contemporain) connaît une effervescence sans précédent au rythme spectaculaire de 30 à 35% de croissance par an. Rien ne semblait pouvoir stopper l’émergence artistique d’un pays qui a manifestement de la créativité à revendre. Et certainement pas une lointaine crise des « Subprimes » bien trop complexe et localisée pour être néfaste. La crise agit sur les esprits à la manière de la peste, on l’ignore lorsqu’elle touche ses premières victimes refusant d’y porter une attention qu’elle ne mérite pas, lorsqu’elle se propage, on invoque un optimisme extrême face au fléau car il ne représente pour le citoyen lambda qu’un mot vide de sens dont l’ampleur et les effets ne peuvent être imaginés qu’après avoir été vécus. Et enfin l’épidémie, installée confortablement dans le salon, nous regarde fixement pour lire la panique et le désarroi dans les yeux de l’orgueilleux qui pensait lui échapper. Usant de tous ses talents pour infiltrer le maximum de secteurs d’activités possibles et provoquer une misère comparable à sa première visite ( la crise de 1929 avait mit 13 millions de personnes au chômage sur le territoire américain soit approximativement 30% de la population active.) elle s’amuse de nous voir évaluer le jour, le mois et l’année de son départ. Non la crise n’est pas quelqu'un de très sympathique et au grand dam de l’art elle frappe sans discernement et sans s’interroger sur le rôle primordial que ce dernier peut avoir dans le cœur d’une société. Comme la peste, les dégâts peuvent être évalués en chiffres et statistiques lorsqu’on prend le parti d’en occulter les détails sordides. Les célèbres galeries indiennes « Apparao » à Chenai déplorent une baisse de 75% de leurs ventes. La réaction logique est donc de baisser les prix des toiles, ainsi, « une œuvre de Hussain qui à un autre moment se vendrait plus de 230.000 euros est maintenant accessible pour 140.000 à 155.000 euros » explique Sharan Apparao, propriétaire des galeries du même nom. Une perte de 30 à 40% de la côte de Maqbool Fida Hussain, l’un des peintres indiens le plus réputé, éclaire sur l’impact phénoménal qu’a eu la crise sur le marché de l’art. Et si la crise peut être vue comme une succession d’effets néfastes accablant l’homme sans répit, il est utile de préciser que l’un d’eux est la hausse des prix des loyers et donc la fermeture des galeries d’art à travers le pays. Le positivisme est de rigueur pour supporter ces temps sombres, et certains l’appliquent à merveille : « La crise financière va permettre une sorte d’écrémage des artistes qui va être salvateur. Avec le boom du marché de l’art contemporain indien, on avait assisté à certains abus », estime une professionnelle du marché artistique. Si la recherche de maigres avantages que pourrait apporter la crise est devenue un sport national, le propriétaire de la Lokayat gallery pratique en ligue 1 : « Les prix des toiles des artistes montants sont liés à ceux des artistes établis. Comme les prix baissent, ils deviennent abordables à la classe moyenne.» annonce t-il. Les classes moyennes ne manqueront pas d’y songer lorsqu’elles auront fini de rembourser leurs crédits mais le conseil est plein de bonne volonté et nous l’avons entendu merci. Paul Gevin |























